Unité Pastorale Carlo Acutis, entre Meuse et Condroz

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« Heureux les doux. Ils recevront la terre en héritage. »

« Jésus est un Palestinien. » Comment peut-on dire une telle ineptie ? Cet anachronisme est idéologique. Jésus est né juif. Même si la paternité du mot « Palestine » en tant qu’appellation géographique remonte à Hérodote, un Grec du 5e siècle ACN, son usage appliqué au Christ est abusif. Pour éviter de jeter la confusion, il s’agit d’utiliser le vocabulaire à bon escient. Si vous me donnez un marteau alors que je vous ai demandé une scie, çà pose un problème ! Les mots sont les outils qui véhiculent les idées. Et les idées mènent le monde. D’où la nécessité d’un bon usage du vocabulaire. « Mal nommer les choses, dit Albert Camus, c’est ajouter au malheur du monde. » Or, s’il est un mot à manier avec crainte et tremblement, c’est bien le mot « génocide ». La prudence est d’autant plus conseillée que monte crescendo l’antisionisme, en soi une idée respectable, derrière lequel peut se cacher, en mal d’honorabilité, un antisémitisme où se combinent en un cocktail nauséabond bêtise et haine. Commençons par une clarification. Tous les juifs ne sont pas israéliens. Et tous les Israéliens ne sont pas juifs. Parmi les citoyens de ce pays, citons les Arabes, musulmans, chrétiens et druzes. Sans oublier une minorité, plus petite encore, les Samaritains, qui vivent davantage en Cisjordanie. Par ailleurs, tous les juifs ne sont pas croyants, et tous ces croyants ne sont pas nécessairement pratiquants. De plus, les juifs israéliens ne soutiennent pas unanimement leur gouvernement. Dans cette mosaïque, relevons aussi le point de vue des juifs antisionistes, bien souvent ultra-orthodoxes, qui rejettent l’existence de l’état d’Israël car leur foi estime que Dieu seul, via le Messie dont ils attendent la venue, peut leur donner cette terre.

« Quand tout le monde pense la même chose, c’est que personne ne pense beaucoup. » De bons sentiments n’ont jamais fait une bonne politique. De bons sentiments n’ont jamais fait une bonne réflexion. Loin de moi l’idée de négliger la compassion. Au contraire. Pour apprécier les faits à leur juste mesure, c’est avec rigueur et bienveillance que je vous invite à prendre du recul. Aujourd’hui, trois génocides sont reconnus. En 1916, durant la première guerre mondiale, les Arméniens, du fait de l’empire ottoman. Ce que refuse la Turquie d’Erdogan. Les juifs et la shoah perpétrée par le régime nazi. En 1994, les Tutsis, au Rwanda.

Qu’est-ce qu’un génocide ? Selon la définition qu’en donne la Cour pénale internationale, je cite, « pour qu’il y ait génocide, il doit y avoir une intention avérée dans le chef des auteurs de détruire physiquement un groupe national, ethnique, racial ou religieux. » La tragédie gazaouie est-elle un génocide ? Le gouvernement israélien veut-il annihiler les Palestiniens ? Après avoir confronté les infos puisées à des sources multiples, j’ai l’intime conviction que non.

Combien de tragédies humaines correspondent à la définition du génocide ? Les Eburons, peuple celte de la Gaule Belgique éradiqué par les Romains ? Les Amérindiens massacrés durant la conquête de l’ouest américain ? Les Héréros liquidés en Namibie, colonie de l’Allemagne impériale avant la première guerre mondiale ? Les Fuégiens anéantis en Terre de feu, pas tant par les armes que par nos virus ? Les Tasmaniens traqués comme du gibier sur l’île du même nom au sud de l’Australie ? Les Tziganes broyés par le nazisme ? Le Timor oriental sous le joug de l’Indonésie ? Les Yézidis victimes de l’idéologie islamiste de Daech ? La population dans l’est du Congo à cause des appétits miniers dévorants ? Les chrétiens persécutés au Nigéria, et dans d’autres pays ? Les tueries au Soudan ? Cette liste n’est pas exhaustive… Et ces peuples marginalisés qui n’ont pas de pays, à tout le moins une reconnaissance officielle qui garantisse leurs existences spécifiques ? Nombreux sont les peuples autochtones dont les droits les plus élémentaires sont bafoués sans que la communauté internationale ne bouge le petit doigt. Pensons notamment aux Kurdes. En 1920, au sortir de la première guerre mondiale, le traité de Sèvres promet la création d’un état kurde. Trois ans plus tard, par le traité de Lausanne, le Kurdistan est partagé entre la Turquie, la Syrie et l’Irak. Souvenons-nous aussi des Ouigours et des Tibétains, deux peules devenus minoritaires sur leur propre sol en raison de la politique colonisatrice à tout crin menée par la Chine communiste. Au vu de cette litanie, oserais-je dire, non sans ironie, qu’il faille avoir pour ennemi un juif afin d’être reconnu ?

Cette accusation de génocide à l’encontre des juifs n’est pas neuve. En 1947, avant même que n’éclatent les combats de la première guerre israélo-arabe, le délégué syrien l’agitait dans les travées de l’ONU. Des génocidés devenus des génocidaires, l’horreur à son paroxysme ! La victime devenue le bourreau ! Un mécanisme psychologique démonté.

L’action militaire qu’a menée Tsahal à Gaza est une bataille urbaine. Il n’y a pas plus terrible. Pour nourrir notre réflexion, comparons avec deux autres batailles. Stalingrad, de juillet 1942 à février 1943 : 6 mois. Morts ? Armée rouge : 1 200 000. Wehrmacht : 700 000. Et 100 000 civils tués. Mossoul, d’octobre 2016 à juillet 2017 : 9 mois. Morts ? Plusieurs dizaines de milliers de civils. 920 000 civils déplacés. Les forces combattantes, que ce soient les Coalisées ou Daech ? Pas de chiffre. Et Gaza ? Deux ans, 60 000 morts civils. Les chiffres sont éloquents. Où est le génocide ? Ils confirment ce triste constat : la guerre est sale. Il n’y a pas de guerre propre. Même si, encadrée par le droit international, elle est en soi légale parce que nous ne vivons pas dans le monde des bisounours. Pour affiner, compléter notre analyse, il nous faut introduire la notion de proportionnalité. Cette réplique militaire au séisme du 7 octobre l’applique-t-elle ? Visiblement, elle n’est pas respectée. Ce triple tableau nous interroge encore. Aurions-nous oublié pourquoi le recours à la guerre ? Ce qu’elle est ? Quel en est le prix ?… Alors oui, nous pouvons rêver d’un monde sans guerre. Comment passer du rêve à la réalité ?

Comment pourrais-je oublier Shani Louk, jeune femme germano-israélienne qui participait au festival Nova lorsque le Hamas lança son attaque le 7 octobre 2023. Son corps désarticulé, dénudé, avait été jeté à l’arrière d’un pick-up. Je vois encore la foule en liesse dans les rues de Gaza. Plus récemment, une autre jeune femme, Nour Attala, gazaouie exfiltrée, avait été accueillie en France pour commencer des études, sciences po, à l’université de Lille. Mais, il s’avéra qu’elle avait posté sur un réseau social un message à la gloire d’Hitler et appelant à l’exécution des otages juifs. Après que son inscription fût annulée, elle a quitté la France pour le Qatar. Voilà pourquoi il nous faut interroger le système scolaire à Gaza : jusqu’où a-t-il bourré le crâne de la jeunesse ?

Jusqu’à un certain point, je comprends la réaction d’Israël face à la violence du Hamas. Mais, je voudrais souligner qu’il est impossible de tuer des idées avec des bombes. Selon toute vraisemblance, elle suscitera de nouvelles « vocations » terroristes. Dans ces combats, oui, parler de crimes de guerre n’est pas incongru. Certains rendent la guerre plus horrible qu’elle est. Ce que je redoute le plus, c’est un nettoyage ethnique qui ne dit pas son nom, non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie. Pourquoi ? Dans ce territoire palestinien qu’Israël désigne sous le vocable « Judée-Samarie », une référence biblique qui justifierait une éventuelle annexion, la multiplication des implantations juives, mouvement qui s’accélère d’année en année, a, elle aussi, des relents de nettoyage ethnique.

D’ordinaire, l’argent se cache derrière la guerre. Ce conflit n’y échappe pas. Il se fait qu’au large de Gaza a été découvert un gisement de gaz dont l’exploitation rapporterait 3 milliards de dollars annuels. J’ignore jusqu’où ce fait détermine la politique d’Israël.

Il faut encore souligner un point capital, le caractère religieux de ces faits, un point qui ajoute encore à la complexité du réel. Toutes proportions gardées, en des liens inextricables, judaïsme et islam partagent un même trépied : religion, terre et politique. Ce n’est pas tout. La dimension ethnique est centrale chez les juifs dont la foi ne s’exporte pas. Quant aux musulmans, malgré l’universalité qu’exige leur message, ils s’y attachent également puisque les Arabes occupent une place prééminente au sein de la Umma, communauté des croyants, dès lors que Muhammad est arabe, que le Coran est arabe.

« La joie de comprendre est plus grande que celle d’avoir raison », nous dit Dominique Eddé, romancière et essayiste libanaise. J’en conviens, nous pouvons noircir des pages entières. Pour autant, le réel ne change pas. « Je suis humain, et rien de ce qui est humain ne m’est étranger », écrit Térence, un poète latin du 2e siècle ACN. J’espère avoir apporté quelques lumières sur cet imbroglio où se joue la vie de tant d’hommes, de femmes et d’enfants ballotés par les vents de l’histoire. A vue humaine, la situation est insoluble. La solution à deux états, la seule qui soit réaliste, semble inaccessible. Vous croyez aux miracles ?…

Abbé Patrice Moline